Pourquoi cette fiche existe

Sophia n’est pas un robot de travail. Elle ne marche pas de façon autonome, ne manipule pas d’objet, n’occupe aucun poste et ne figure dans aucun déploiement industriel.

Elle figure pourtant dans cette base de données pour une raison simple : c’est le robot humanoïde que les francophones cherchent le plus. Une base de référence qui l’ignorerait laisserait la question aux seuls contenus qui reprennent la communication de son constructeur sans la mettre en perspective.

Les faits établis

Sophia a été activée le 14 février 2016 par Hanson Robotics, entreprise basée à Hong Kong et fondée par le designer américain David Hanson. Elle apparaît publiquement pour la première fois en mars 2016 au festival South by Southwest, à Austin.

Son visage utilise le Frubber, un élastomère breveté par David Hanson dont la souplesse imite celle de la peau. C’est le savoir-faire propre de l’entreprise, et une vraie réussite technique : la mobilité faciale de Sophia reste, dix ans après, dans le haut du marché.

En octobre 2017, lors d’un sommet d’investissement à Riyad, l’Arabie saoudite lui accorde symboliquement la citoyenneté. Sophia devient le premier robot au monde à recevoir une nationalité — un geste largement analysé depuis comme une opération de communication, y compris pour le contraste qu’il soulignait avec les droits accordés aux femmes dans le pays à cette date.

La controverse

La critique scientifique la plus notable vient de Yann LeCun, directeur scientifique de l’intelligence artificielle chez Facebook et lauréat du prix Turing. En janvier 2018, il qualifie publiquement le dispositif d’« IA Potemkine » — du nom des villages de façade — et le compare à de la prestidigitation présentée comme de la magie.

Le reproche ne porte pas sur la mécanique, qui est réelle, mais sur la présentation. Les interventions publiques de Sophia s’appuient largement sur des échanges préparés à l’avance ; les questions posées lors des événements sont soumises en amont.

Hanson Robotics n’a jamais dissimulé l’existence d’une part scriptée. Le différend porte sur ce que le public a compris — et sur la responsabilité d’une entreprise dans cette compréhension.

Ce que Sophia a laissé dans le débat français

Une part importante de ce que le public croit savoir des robots humanoïdes provient des images de Sophia diffusées entre 2016 et 2019. Ces images ont installé trois idées durables et toutes trois inexactes appliquées au marché actuel : que les robots conversent librement, qu’ils sont proches d’une forme de conscience, et qu’ils ont une apparence humaine réaliste.

Les humanoïdes réellement déployés aujourd’hui — Digit chez GXO, Figure 03 chez BMW, Apollo chez Mercedes-Benz — n’ont aucun de ces attributs. Ils ont un visage minimal ou pas de visage, exécutent des gestes répétitifs, et leur intelligence porte sur la planification de mouvement, pas sur la conversation.

Notre avis

Sophia est un objet de communication remarquablement efficace et un objet technique honorable, dont l’expressivité faciale reste supérieure à celle de la quasi-totalité des humanoïdes de travail.

Elle est aussi le meilleur cas d’école du sujet que traite ce site : l’écart entre ce qu’une machine montre et ce qu’elle fait. Nous la documentons pour cette raison autant que pour ce qu’elle est.