L'observatoire de la sécurité

Pas une simple FAQ : un état des lieux honnête de ce qui est documenté, de ce qui reste incertain, et des incidents réels recensés sur les robots humanoïdes.

La plupart des fabricants communiquent largement sur les capacités de leurs robots et très peu sur leurs limites de sécurité. Quand une réponse n'est pas documentée publiquement, nous le disons plutôt que de deviner.

Sécurité physique

Ce qui se passe quand un robot interagit physiquement avec son environnement — et avec vous.

Que se passe-t-il si le robot tombe ?

La plupart des fabricants ne publient pas de procédure détaillée de « récupération après chute ». Boston Dynamics met en avant la capacité d'Atlas à rejoindre et échanger seul ses batteries sans interrompre son activité, mais aucun fabricant de ce comparatif ne documente publiquement un scénario de chute. Une démonstration publique de Tesla Optimus (décembre 2025) s'est d'ailleurs soldée par une chute, avec des mouvements de la main suggérant une intervention d'un opérateur distant.

Peut-il blesser quelqu'un ?

C'est un risque réel, pas hypothétique : une action en justice déposée en novembre 2025 par un ancien ingénieur sécurité de Figure AI allègue que des essais d'impact internes sur le Figure 02 auraient généré des forces plus de deux fois supérieures au seuil de fracture d'un crâne humain adulte. Figure AI conteste ces allégations. Voir notre chronologie des incidents.

Quelle force peut-il exercer ?

Rarement communiqué précisément. Boston Dynamics annonce une capacité de levage de 50 kg pour Atlas ; les autres fabricants de ce comparatif ne publient pas de limite de force ou de couple à visée sécurité.

Comment détecte-t-il une personne ?

Par vision par ordinateur et, selon les modèles, LiDAR ou caméras de profondeur (Unitree G1, Agility Digit). Boston Dynamics annonce une détection humaine et un fonctionnement « sans barrière » pour Atlas. Nous n'avons pas trouvé d'évaluation indépendante de la fiabilité de ces systèmes en conditions réelles.

Peut-il éviter une collision ?

En théorie, via les mêmes capteurs de navigation. En pratique, aucun fabricant de ce comparatif ne publie de taux d'échec ou de test de collision indépendant.

Que fait-il en cas de panne ?

Non documenté publiquement pour la plupart des modèles. C'est un angle mort du secteur : les fabricants communiquent sur les capacités, rarement sur les modes de défaillance.

Sécurité informatique

Un robot humanoïde est un ordinateur connecté avec des capteurs, une caméra et parfois un micro. Il hérite donc des risques classiques de la cybersécurité — avec un cas déjà documenté.

Peut-on pirater un robot ?

Oui, c'est documenté : en septembre 2025, des chercheurs en sécurité ont révélé « UniPwn », une faille exploitant le Bluetooth Low Energy pour obtenir un accès root sur les robots Unitree G1 et H1, à cause d'une clé de chiffrement identique sur tous les appareils. La faille est auto-propageable : un robot compromis peut infecter d'autres unités à proximité.

Peut-on prendre le contrôle d'un robot à distance ?

Il faut distinguer deux choses. Le contrôle à distance malveillant existe (voir UniPwn ci-dessus). Le contrôle à distance volontaire existe aussi et est parfois annoncé comme une fonctionnalité : le 1X NEO intègre un « mode expert » où un opérateur humain de 1X peut prendre le relais via un casque de réalité virtuelle, avec accès aux caméras du robot.

Que se passe-t-il si son IA est compromise ?

Question largement non testée publiquement pour les robots humanoïdes spécifiquement. C'est un sujet de recherche académique en sécurité de l'IA plus qu'une réalité documentée sur ces produits précis à ce jour.

Où sont stockées les données ?

Rarement précisé par les fabricants. Les chercheurs à l'origine de la découverte d'UniPwn ont constaté que le Unitree G1 envoie des données de télémétrie (batterie, capteurs, caméra) toutes les cinq minutes vers des serveurs distants, sans consentement explicite documenté de l'utilisateur.

Les caméras enregistrent-elles ?

La plupart des robots de ce comparatif embarquent des caméras nécessaires à la navigation et à la manipulation. Le cas le plus documenté est le 1X NEO : en mode expert, un opérateur humain voit littéralement par les caméras du robot, potentiellement à l'intérieur du domicile du client.

Les conversations sont-elles conservées ?

Non documenté publiquement pour la plupart des modèles. Le 1X NEO intègre un assistant vocal et une « mémoire conversationnelle », mais aucune politique de conservation des données n'a été rendue publique au moment de la rédaction.

Sécurité comportementale

Ce que l'IA embarquée peut — ou ne peut pas encore — décider seule.

Peut-il prendre une mauvaise décision ?

C'est précisément pour limiter ce risque que la plupart des modèles combinent aujourd'hui IA embarquée et téléopération humaine plutôt qu'une autonomie complète — une architecture assumée, pas un pis-aller caché.

Peut-il mal interpréter une instruction ?

C'est une limite connue des modèles de langage et des architectures vision-langage-action en général, pas spécifique à un robot de ce comparatif. Aucun fabricant ne publie de taux d'erreur d'interprétation vérifié de façon indépendante.

Peut-il agir de manière imprévisible ?

C'est l'une des raisons pour lesquelles Boston Dynamics prévoit de ne confier de vraies tâches de production à Atlas qu'à partir de 2028, plusieurs années après le début de la production. Le secteur lui-même se montre prudent sur ce point.

Peut-il fonctionner sans supervision ?

Dans la plupart des cas documentés, non, ou pas encore de façon fiable. Elon Musk a lui-même reconnu début 2026 qu'aucun Optimus n'effectuait de travail utile de façon autonome dans les usines Tesla. Le 1X NEO s'appuie explicitement sur la téléopération pour les tâches complexes. C'est un point de vigilance à garder en tête face à toute communication marketing évoquant une « autonomie complète ».

Chronologie des incidents documentés

Une liste datée des cas réels que nous avons pu vérifier — pas de rumeur, pas d'extrapolation.

Voir la chronologie →