Ce que c’est, et ce que ce n’est pas

Pepper est un robot d’accueil, pas un robot de travail. Il ne porte rien, ne manipule pas d’objet, et ne marche pas : il se déplace sur trois roues omnidirectionnelles, à 5 km/h maximum.

Cette précision est nécessaire parce que Pepper est, en France, l’un des robots humanoïdes les plus vus — dans des banques, des boutiques, des salons, des halls d’hôpital, des maisons de retraite. Beaucoup de gens l’associent à l’idée générale de « robot humanoïde », alors qu’il appartient à une catégorie très différente des Digit, Apollo ou Optimus dont il est question aujourd’hui.

Les caractéristiques

Pepper mesure 120 cm pour 28 kg, dispose de 20 degrés de liberté et d’une autonomie d’environ 12 heures — de loin la meilleure de notre base de données, précisément parce qu’il ne marche pas : maintenir l’équilibre d’un bipède consomme l’essentiel de l’énergie d’un humanoïde.

Il embarque une tablette tactile de 10,1 pouces sur le torse, quatre microphones, deux caméras HD RVB — une au front, une dans la bouche — et cinq capteurs tactiles répartis sur la tête et les mains. Le tout tourne sur un processeur Intel Atom E3845.

La tablette est un élément de conception plus important qu’il n’y paraît : elle admet que la conversation vocale seule ne suffit pas, et que l’interaction utile passe souvent par un écran. C’est un aveu de réalisme que les humanoïdes actuels, tout à leur promesse conversationnelle, ont largement oublié.

Ce qu’il a réellement apporté

Pepper a été présenté à son lancement comme un robot capable de « reconnaître les émotions ». Il faut être précis : il analyse des expressions faciales, une intonation, une posture, et en déduit une catégorie. Ce n’est pas la même chose que comprendre un état affectif, et l’écart entre les deux a nourri une bonne part des déceptions clients.

Son bilan réel est plus modeste et plus honnête : un dispositif d’accueil qui attire l’attention, oriente, présente une information sur son écran, et fonctionne toute une journée sans recharge. Sur ce périmètre, il a rendu des services.

Pourquoi il s’est arrêté

L’arrêt de Pepper n’est pas un accident isolé mais le symptôme d’un problème de fond : le robot d’accueil n’a jamais démontré son modèle économique. Les clients l’achetaient pour son effet de nouveauté ; passé l’effet vitrine, la valeur d’usage mesurable ne justifiait pas le coût de possession et de maintenance.

Aldebaran a été placée en liquidation judiciaire le 2 juin 2025. Le support est aujourd’hui assuré par Maxtronics, vers qui redirige l’ancien site.

Notre avis

Pepper mérite d’être compris comme une leçon, pas comme un échec technique. Sa mécanique fonctionnait, son autonomie était excellente, son interface était bien pensée.

Ce qui a manqué, c’est une tâche pour laquelle on aurait continué de le payer. C’est exactement la question à poser aujourd’hui à chaque humanoïde qui promet d’entrer dans les entreprises — et la raison pour laquelle nous ne comptons une tâche comme automatisée que lorsqu’un client la fait exécuter en production, sur une durée mesurée.