Ce qui distingue Apollo

Sur le papier, Apollo ressemble à ses concurrents : environ 1,73 m, une masse de l’ordre de 73 kg, une charge utile d’environ 25 kg, une autonomie annoncée autour de quatre heures avec batterie échangeable. Ces valeurs le placent dans la moyenne du segment industriel, sans le distinguer.

La différence est ailleurs, et elle est logicielle. Apptronik a un partenariat stratégique avec Google DeepMind pour intégrer les modèles Gemini Robotics dans ses machines.

C’est un choix structurant. La difficulté principale de la robotique humanoïde n’est plus la marche, qui est un problème largement traité, mais la généralisation : savoir quoi faire d’un objet, d’une situation ou d’une consigne jamais rencontrés. Ce verrou relève des modèles, pas des actionneurs. Les constructeurs se répartissent donc entre ceux qui développent leur propre pile logicielle et ceux qui s’adossent à un laboratoire d’IA. Apptronik a choisi le second camp.

Les déploiements

Apollo travaille aujourd’hui dans des zones délimitées chez trois industriels nommés : Mercedes-Benz, GXO Logistics et Jabil. Le premier accord avec Mercedes-Benz, annoncé en 2024, portait sur des pilotes en usine.

L’expression « zones délimitées » mérite d’être prise au sérieux : elle décrit exactement l’état de l’art. Un humanoïde en 2026 ne circule pas librement dans un atelier au milieu des équipes ; il travaille dans un périmètre défini, avec des règles de sécurité qui le séparent physiquement des personnes.

Nous n’avons pas trouvé, pour Apollo, de chiffre d’exploitation vérifiable comparable à ceux publiés par Agility Robotics pour Digit — heures cumulées, nombre de sites — ni au bilan communiqué par Figure AI chez BMW. La communication d’Apptronik est plus prudente sur ce point, ce qui limite notre capacité à évaluer la maturité réelle du produit.

Une origine qui compte

Apptronik est née en 2016 du Human Centered Robotics Laboratory de l’université du Texas à Austin, un laboratoire spécialisé dans les actionneurs et le contrôle de force. L’entreprise a conçu des actionneurs avant de concevoir des robots, et a travaillé sur le projet Valkyrie de la NASA.

Cette filiation explique l’accent mis sur la sécurité du contact dans sa communication. C’est un point pertinent au regard du cadre européen à venir : le règlement Machines, applicable au 20 janvier 2027, durcit précisément les exigences sur les machines à comportement évolutif.

Ce que nous ne savons pas

Le constructeur ne publie pas de fiche technique détaillée. Les valeurs de hauteur, de masse et de charge utile reprises ici proviennent de fiches de marché concordantes, pas d’un document Apptronik. Nous les signalons comme telles et les corrigerons dès qu’une fiche officielle sera publiée.

Le nombre de degrés de liberté, la vitesse de déplacement et le détail de la préhension ne sont pas rendus publics.

Notre avis

Apollo est l’un des deux ou trois humanoïdes américains crédibles sur le segment industriel, porté par près d’un milliard de dollars levés et par des investisseurs qui sont aussi des clients potentiels — Mercedes-Benz, John Deere.

Sa prudence de communication est inhabituelle dans ce secteur et plutôt à son crédit. Elle a une contrepartie pour un lecteur : il est plus difficile de vérifier ce que la machine fait réellement que dans le cas de Digit, dont l’exploitation est documentée avec des chiffres.